Calcul d’un prix de non arbitrage
Utilisez ce calculateur premium pour estimer le prix théorique de non arbitrage d’un contrat à terme ou forward à partir du prix spot, du taux sans risque, du rendement de détention et des coûts de portage. L’outil illustre la logique centrale de la finance moderne : si le marché s’écarte de ce prix, une opportunité d’arbitrage peut théoriquement apparaître.
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Guide expert : comprendre le calcul d’un prix de non arbitrage
Le calcul d’un prix de non arbitrage est l’un des fondements de la finance quantitative, de l’évaluation des produits dérivés et de la gestion du risque. Derrière cette expression, il y a une idée très simple mais extrêmement puissante : deux stratégies qui produisent exactement le même résultat futur doivent avoir aujourd’hui le même coût. Si ce n’était pas le cas, un investisseur pourrait acheter la stratégie la moins chère, vendre la plus chère et encaisser un profit sans risque. C’est précisément ce profit garanti qui constitue une opportunité d’arbitrage.
Dans la pratique, le concept de non arbitrage sert à déterminer le prix théorique d’un contrat forward, d’un future, d’une obligation, d’une option ou encore d’un swap. Sur cette page, le calculateur se concentre sur une version très utilisée du problème : la détermination du prix forward théorique d’un actif à partir de son prix spot, du taux sans risque, des coûts de portage et des revenus ou bénéfices liés à la détention de l’actif. Cette logique est connue sous le nom de modèle du coût de portage.
Pourquoi le principe de non arbitrage est-il central ?
Le principe de non arbitrage permet d’établir des bornes et des prix cohérents entre marchés. Sans lui, il serait impossible d’expliquer pourquoi un contrat à terme sur une matière première, une devise ou un indice boursier devrait se traiter à un certain niveau par rapport au comptant. Le raisonnement repose sur une réplication : si vous pouvez synthétiser un payoff futur en combinant achat spot, financement, stockage et revenus intermédiaires, alors le contrat forward correspondant ne doit pas coûter plus ou moins que cette stratégie synthétique.
- Si le forward est trop cher, on peut théoriquement acheter l’actif au comptant, le financer, puis vendre le forward.
- Si le forward est trop bon marché, on peut théoriquement vendre l’actif au comptant, investir le produit et acheter le forward.
- Dans un marché efficient, ces arbitrages rapprochent le prix observé du prix théorique.
La formule du prix de non arbitrage
Pour un actif qui ne distribue pas de revenus et dont le coût de portage est nul, la formule la plus simple sous capitalisation continue est :
F = S × e^(r × T)
où F est le prix forward théorique, S le prix spot, r le taux sans risque annuel et T le temps jusqu’à l’échéance exprimé en années.
Dans le monde réel, il faut souvent ajouter les coûts de portage et retrancher les revenus de détention. On obtient alors une écriture plus générale :
F = S × e^((r + u – q) × T)
- r : taux sans risque ou coût de financement
- u : coût de portage annuel, par exemple stockage et assurance
- q : rendement associé à la possession de l’actif, comme un dividende ou un convenience yield
- T : maturité
Si la capitalisation n’est pas continue, on peut utiliser une version simple ou discrète. Le calculateur proposé vous permet de comparer ces conventions, ce qui est utile dans les cas où un desk de marché, une documentation contractuelle ou un modèle interne impose une hypothèse particulière.
Intuition économique du modèle du coût de portage
Imaginons un investisseur qui souhaite détenir un actif pendant un an. Deux chemins sont possibles. Le premier consiste à acheter l’actif aujourd’hui au prix spot, à immobiliser du capital ou à emprunter pour le financer, à supporter éventuellement des coûts de détention, puis à percevoir en contrepartie les revenus attachés à cet actif. Le second consiste à signer un forward aujourd’hui pour acheter cet actif plus tard, à l’échéance. Si les deux chemins aboutissent à la même livraison future, leur coût total doit être identique en l’absence d’arbitrage.
Cette logique fonctionne très bien pour les matières premières, les actions à dividendes connus, certaines devises et les actifs financiers standardisés. Elle devient plus délicate lorsque les marchés sont peu liquides, qu’il existe des contraintes de short selling, des frais de transaction élevés, des appels de marge, des exigences réglementaires ou des risques de défaut. Dans ces cas, le prix de marché peut s’écarter du prix théorique sans pour autant permettre un arbitrage pur.
Comment utiliser concrètement ce calculateur
- Saisissez le prix spot actuel de l’actif.
- Indiquez la maturité en années.
- Renseignez le taux sans risque annualisé compatible avec l’échéance considérée.
- Ajoutez le rendement de l’actif si sa détention donne lieu à des flux ou bénéfices.
- Ajoutez les coûts de portage si l’actif implique stockage, assurance ou financement spécifique.
- Choisissez la convention de capitalisation.
- Entrez éventuellement le prix forward observé sur le marché pour mesurer l’écart à la valeur théorique.
Le résultat affiché comprend le prix de non arbitrage, le taux net de portage et, si vous avez saisi un prix de marché, une lecture rapide du sens de l’écart. Le graphique montre ensuite la sensibilité du prix théorique à la maturité, ce qui est particulièrement utile pour l’analyse de scénarios.
Exemple chiffré simple
Supposons un actif qui cote 100, avec un taux sans risque de 4 %, un coût de portage de 0,5 %, un rendement de détention de 1 % et une maturité d’un an. En capitalisation continue, le taux net de portage est de 3,5 %. Le prix théorique devient donc proche de 103,56. Si le marché affiche un forward à 106, l’écart de plus de 2 points peut suggérer un forward surévalué par rapport au modèle de base. À l’inverse, si le marché cote 102, la position inverse pourrait être étudiée. Bien entendu, avant de conclure à un arbitrage, il faut intégrer les coûts de transaction, la liquidité, les contraintes de bilan et le risque opérationnel.
Variables clés à surveiller dans le calcul d’un prix de non arbitrage
1. Le prix spot
Le prix spot constitue la base de tout le raisonnement. Une erreur de cotation, un cours stale ou un bid-ask mal choisi peut fausser le calcul. En environnement professionnel, on utilise souvent des sources consolidées, des prix mid et des procédures de validation de données.
2. Le taux sans risque
Le taux sans risque est souvent approché par les rendements des obligations souveraines très liquides ou par une courbe monétaire de référence. Le choix de ce taux est crucial : pour un horizon de trois mois, vous n’utiliserez pas nécessairement le même point de courbe que pour une maturité de deux ans. Dans les valorisations institutionnelles, le taux est parfois construit à partir de courbes OIS ou de courbes d’actualisation dédiées.
| Banque centrale / Référence | Niveau observé en 2024 | Pourquoi c’est utile pour le non arbitrage |
|---|---|---|
| Réserve fédérale américaine | Le taux cible des Fed Funds est resté dans une fourchette de 5,25 % à 5,50 % pendant une grande partie de 2024 avant les baisses de fin d’année. | Ce niveau influence le coût du financement en dollars et donc la composante r dans les contrats libellés en USD. |
| Banque centrale européenne | Le taux de la facilité de dépôt a été de 4,00 % au premier semestre 2024, puis a commencé à baisser en cours d’année. | Il sert de repère macro pour l’environnement de taux en zone euro, notamment pour les actifs financés en EUR. |
| Banque d’Angleterre | Le Bank Rate s’est maintenu à 5,25 % pendant une longue période de 2024 avant assouplissement. | Il constitue un indicateur utile du coût d’opportunité du capital pour les valorisations en GBP. |
Ces chiffres sont des repères macroéconomiques réels et publics. Pour une valorisation précise, il faut toujours utiliser la courbe correspondant à la devise, à la maturité et au cadre de valorisation du produit étudié.
3. Les revenus ou rendements de l’actif
Une action peut distribuer des dividendes. Une matière première physique peut offrir un convenience yield si sa détention procure un avantage logistique ou industriel. Une devise peut être évaluée via l’écart de taux entre deux zones monétaires. Tous ces éléments réduisent ou augmentent le prix forward théorique selon leur nature.
4. Les coûts de portage
Les coûts de portage concernent surtout les matières premières et les actifs physiques. Ils incluent souvent :
- le coût de stockage,
- l’assurance,
- la manutention,
- le financement spécifique,
- les coûts administratifs liés à la conservation.
Plus ces coûts sont élevés, plus le prix forward théorique tend à augmenter.
Deuxième table : effet quantitatif des hypothèses sur le prix théorique
| Hypothèses | Formule utilisée | Prix forward théorique pour S = 100 et T = 1 |
|---|---|---|
| r = 4 %, u = 0 %, q = 0 % | 100 × e^(0,04) | 104,08 |
| r = 4 %, u = 0,5 %, q = 1 % | 100 × e^(0,035) | 103,56 |
| r = 5,5 %, u = 1 %, q = 0 % | 100 × e^(0,065) | 106,72 |
| r = 3 %, u = 0 %, q = 2 % | 100 × e^(0,01) | 101,01 |
Cette table montre bien que le prix forward ne dépend pas uniquement du taux sans risque. Le rendement procuré par la détention de l’actif et les coûts de portage modifient fortement la valeur de non arbitrage. Deux actifs de même prix spot peuvent avoir des forwards très différents si leurs caractéristiques économiques divergent.
Erreurs fréquentes dans le calcul d’un prix de non arbitrage
- Confondre taux simple et taux continuellement composé : l’écart peut sembler modeste mais devient sensible à mesure que la maturité augmente.
- Utiliser un mauvais horizon de taux : un taux annuel générique n’est pas toujours adapté à une échéance courte ou longue.
- Oublier les dividendes ou les coûts de stockage : cela fausse directement le résultat.
- Négliger les frictions de marché : spreads, taxes, appels de marge et restrictions de financement peuvent annihiler un arbitrage apparent.
- Prendre un prix spot non négociable : un dernier cours affiché n’est pas forcément exécutable.
Applications professionnelles du prix de non arbitrage
Dans les salles de marché, le prix de non arbitrage sert à coter et à contrôler les produits dérivés. En gestion des risques, il permet de vérifier la cohérence des valorisations, de détecter des anomalies de marché et de mesurer l’exposition au basis risk. En entreprise, il aide à structurer des couvertures de change ou de matières premières en comparant les conditions de marché à un cadre théorique rationnel. Dans le monde académique, il est au coeur de la théorie moderne des actifs contingents et des modèles d’évaluation comme Black-Scholes, qui repose lui aussi sur un argument de réplication et d’absence d’arbitrage.
Arbitrage théorique contre arbitrage réel
Un point essentiel doit être souligné : un écart au prix de non arbitrage n’implique pas automatiquement un gain certain en pratique. L’arbitrage théorique suppose souvent :
- une capacité d’emprunt et de prêt au même taux,
- une absence de coûts de transaction,
- une exécution immédiate,
- des marchés parfaitement liquides,
- une possibilité de vente à découvert sans contrainte.
Or ces hypothèses sont rarement vérifiées à 100 %. C’est pourquoi les praticiens parlent aussi d’écart de base, de désalignement relatif ou de mispricing potentiel plutôt que d’arbitrage certain. L’outil ci-dessus doit donc être vu comme un excellent point de départ analytique, pas comme une promesse de profit automatique.
Sources d’autorité pour approfondir
Si vous souhaitez aller plus loin, voici des ressources pédagogiques et institutionnelles de qualité :
- Investor.gov (SEC) : bases des produits dérivés et de la terminologie financière
- U.S. Department of the Treasury : données et environnement des taux souverains
- Ressource universitaire et pédagogique sur le coût de portage
- Yale University : cours d’économie et de finance utiles pour comprendre la logique d’absence d’arbitrage
Conclusion
Le calcul d’un prix de non arbitrage est bien plus qu’une formule. C’est une manière de relier prix spot, temps, financement, revenus et coûts dans un cadre cohérent. En comprenant cette mécanique, vous pouvez mieux interpréter les prix forward observés sur le marché, repérer les facteurs qui expliquent leurs variations et structurer une analyse plus robuste. Le calculateur de cette page vous donne une base opérationnelle pour tester des scénarios, visualiser l’impact de la maturité et comparer le prix de marché à la valeur théorique. Pour une utilisation professionnelle, veillez toujours à compléter cette approche par les frictions réelles du marché, les conventions de desk, les données de courbe et les contraintes réglementaires applicables.