Calcul de la bande passante d’un AOP
Utilisez ce calculateur premium pour estimer rapidement la bande passante d’un amplificateur opérationnel en boucle fermée à partir de son produit gain-bande, de sa topologie et, si vous le souhaitez, des limites imposées par le slew rate. Le graphique génère une courbe de réponse en fréquence simplifiée pour visualiser le point de coupure.
Calculateur interactif
Entrez les paramètres principaux de votre AOP. Le calcul repose sur le modèle classique à pôle dominant unique et sur la relation gain-bande passante.
Exemple : LM358 typique ≈ 1 MHz, NE5532 ≈ 10 MHz, TL081 ≈ 3 MHz.
En montage inverseur, le bruit gain vaut 1 + |Av|.
Pour un montage inverseur, saisissez la valeur absolue du gain.
Optionnel mais utile pour vérifier la bande passante en grand signal.
Utilisée pour la full-power bandwidth : f = SR / (2πVpk).
Guide expert : comment faire le calcul de la bande passante d’un AOP
Le calcul de la bande passante d’un amplificateur opérationnel, souvent abrégé AOP, est une étape centrale en conception analogique. Une erreur à ce stade provoque des filtrages inattendus, une baisse du gain à haute fréquence, une distorsion en grand signal, voire des problèmes de stabilité si l’environnement de l’amplificateur est plus complexe qu’un simple montage résistif. Beaucoup de concepteurs débutants retiennent la formule de base sans toujours comprendre dans quelles conditions elle s’applique réellement. Pourtant, bien estimer la bande passante utile d’un AOP permet de sélectionner le bon composant, d’anticiper les limites du montage et de gagner un temps considérable lors des simulations et des tests laboratoire.
Dans le cas le plus classique, on utilise un AOP compensé en interne, dominé par un pôle principal, et l’on suppose que le produit gain-bande passante reste approximativement constant sur la zone utile. C’est ce que l’on appelle le GBW, pour gain-bandwidth product, ou parfois l’unité-gain bandwidth. Si l’AOP possède un GBW de 1 MHz, cela signifie qu’à gain unitaire sa bande passante est proche de 1 MHz. À gain 10, la bande passante utile en petit signal descend approximativement vers 100 kHz pour un montage non-inverseur idéal. Cette relation simple reste extrêmement pratique, mais elle doit être appliquée avec rigueur.
Pourquoi la bande passante d’un AOP diminue quand le gain augmente
Un AOP réel possède un gain en boucle ouverte énorme à basse fréquence, mais ce gain décroît avec la fréquence. La contre-réaction utilise ce gain disponible pour imposer un gain précis en boucle fermée. Plus vous demandez un gain élevé au montage, moins il reste de marge de fréquence avant que le gain en boucle ouverte devienne insuffisant. C’est exactement pour cela que le produit gain-bande est une caractéristique si importante. En première approximation, le produit entre le gain en boucle fermée et la fréquence de coupure reste constant.
Prenons un exemple concret. Si un AOP a un GBW de 10 MHz :
- à gain 1 V/V, la bande passante est proche de 10 MHz ;
- à gain 10 V/V, elle est proche de 1 MHz ;
- à gain 100 V/V, elle tombe autour de 100 kHz.
Ce raisonnement est correct pour une large famille d’AOP généralistes ou rapides lorsqu’on reste dans leur domaine linéaire, avec une charge raisonnable et un schéma stable. La subtilité importante est qu’il faut utiliser le bruit gain et non pas uniquement le gain de signal dans tous les cas.
Différence entre gain de signal et bruit gain
Dans un montage non-inverseur, le gain de signal et le bruit gain coïncident. Si vous réglez un gain de 11 V/V avec deux résistances, la bande passante petit signal peut être estimée par GBW / 11. En revanche, dans un montage inverseur, le gain de signal vaut |Rf/Rin|, mais le bruit gain vaut 1 + Rf/Rin. Autrement dit, si votre montage inverseur a un gain de 10 en valeur absolue, le bruit gain est 11. La bande passante sera donc plus proche de GBW / 11 que de GBW / 10.
Cette nuance est fondamentale en instrumentation, en audio, en conditionnement de capteurs et dans les filtres actifs, car elle explique pourquoi le comportement fréquentiel réel peut être légèrement plus limité que ce que l’on attend d’un calcul trop rapide. Dans les AOP de précision, le bruit gain intervient aussi dans la stabilité lorsque la source, le capteur ou la charge apportent des capacités parasites.
Méthode de calcul pratique étape par étape
- Repérez dans la fiche technique le GBW ou unity-gain bandwidth de l’AOP.
- Identifiez le type de montage : non-inverseur, inverseur ou autre architecture équivalente.
- Déterminez le gain en boucle fermée en V/V ou convertissez le gain en dB vers V/V.
- Calculez le bruit gain :
- non-inverseur : bruit gain = gain fermé ;
- inverseur : bruit gain = 1 + |gain|.
- Estimez la bande passante petit signal par la formule : fc ≈ GBW / bruit gain.
- Vérifiez ensuite si le slew rate limite la bande passante en grand signal avec f = SR / (2πVpk).
- Retenez en pratique la plus petite valeur entre la bande passante petit signal et la full-power bandwidth.
C’est précisément la logique mise en œuvre par le calculateur ci-dessus. Il peut donc servir de pré-dimensionnement fiable avant d’ouvrir un simulateur SPICE ou de lancer une campagne de mesures.
Conversion du gain en dB vers V/V
Lorsque la documentation système exprime le gain en décibels, il faut le convertir en rapport linéaire. La relation est :
Gain V/V = 10(gain dB / 20)
Par exemple :
- 20 dB correspondent à 10 V/V ;
- 40 dB correspondent à 100 V/V ;
- 6 dB correspondent approximativement à 2 V/V.
Cette conversion est indispensable, car le GBW se combine avec un gain linéaire, pas directement avec un gain exprimé en dB. Une erreur de conversion mène à des écarts de plusieurs décades dans l’estimation de la bande passante.
| AOP courant | GBW typique | Slew rate typique | Usage fréquent | Bande passante estimée à gain 10 non-inverseur |
|---|---|---|---|---|
| LM358 | 1 MHz | 0,3 V/µs | Conditionnement général, faible coût | ≈ 100 kHz |
| TL081 | 3 MHz | 13 V/µs | Applications analogiques générales | ≈ 300 kHz |
| NE5532 | 10 MHz | 9 V/µs | Audio faible bruit | ≈ 1 MHz |
| OPA2134 | 8 MHz | 20 V/µs | Audio haute fidélité | ≈ 800 kHz |
| AD8065 | 145 MHz | 180 V/µs | Vidéo, instrumentation rapide | ≈ 14,5 MHz |
Les chiffres ci-dessus sont des valeurs typiques couramment utilisées par les concepteurs pour situer les performances de familles d’AOP bien connues. Ils montrent immédiatement qu’un calcul de bande passante ne peut jamais être dissocié de la technologie et de l’application visée. Un LM358 peut être parfait pour un capteur lent, mais totalement inadéquat pour un traitement audio large bande ou une mesure rapide.
Le rôle crucial du slew rate
La formule GBW / gain décrit la réponse en petit signal. Dès que l’amplitude de sortie devient importante, le slew rate peut devenir la vraie limite. Le slew rate est la vitesse maximale de variation de la tension de sortie, exprimée en V/µs. Pour un signal sinusoïdal de fréquence f et d’amplitude crête Vpk, la pente maximale vaut 2πfVpk. Si cette pente dépasse le slew rate de l’AOP, la sortie n’est plus une sinusoïde fidèle : elle devient déformée, parfois quasi triangulaire.
La fréquence limite en grand signal est alors :
fFPBW = SR / (2πVpk)
Exemple concret : un AOP de 0,5 V/µs délivrant 5 V crête ne pourra reproduire proprement qu’environ 15,9 kHz en grand signal. Même si le calcul petit signal prédit 100 kHz ou davantage, la réalité grand signal sera beaucoup plus restrictive. Voilà pourquoi un AOP lent peut sembler correct sur le papier en basse amplitude, mais échouer dès qu’on lui demande une excursion de tension importante.
| Cas | GBW | Topologie / gain | Bande passante petit signal | Slew rate et Vpk | Full-power bandwidth | Limite dominante |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Conditionneur capteur | 1 MHz | Non-inverseur x10 | ≈ 100 kHz | 0,5 V/µs, 0,5 Vpk | ≈ 159 kHz | Petit signal |
| Étape audio | 1 MHz | Non-inverseur x10 | ≈ 100 kHz | 0,5 V/µs, 5 Vpk | ≈ 15,9 kHz | Grand signal |
| Préampli audio | 10 MHz | Inverseur x10 | ≈ 909 kHz | 9 V/µs, 5 Vpk | ≈ 286 kHz | Grand signal |
| Instrumentation rapide | 145 MHz | Non-inverseur x2 | ≈ 72,5 MHz | 180 V/µs, 2 Vpk | ≈ 14,3 MHz | Grand signal |
Limites du modèle simplifié
Même s’il est très utile, le calcul simplifié n’est pas universel. Dans la pratique, plusieurs phénomènes peuvent faire diverger la réponse réelle :
- présence de plusieurs pôles en boucle ouverte ;
- marge de phase réduite à certains gains ;
- charge capacitive en sortie ;
- impédance de source élevée ou réseau d’entrée complexe ;
- tolérances des composants résistifs ;
- température et dispersion de fabrication ;
- niveau de sortie proche des rails, surtout sur certains AOP rail-to-rail ;
- courant de sortie insuffisant pour la charge imposée.
Dans un filtre actif d’ordre élevé, par exemple, la simple estimation GBW / gain ne suffit pas toujours, car la phase et les tolérances du composant influencent directement le facteur de qualité et l’erreur fréquentielle. De même, dans les étages transimpédance, les capacités parasites imposent des compensations spécifiques. Le bon réflexe consiste donc à utiliser ce calcul comme point de départ, puis à valider avec simulation et mesure.
Bonnes pratiques de conception
- Choisissez un GBW au moins 5 à 10 fois supérieur à la fréquence utile maximale multipliée par le bruit gain visé si la précision fréquentielle doit être confortable.
- Vérifiez toujours le slew rate pour les signaux de forte amplitude.
- Consultez la fiche technique pour les courbes de réponse en boucle fermée, de distorsion et de stabilité.
- Évitez de pousser un AOP lent près de sa limite théorique si l’application doit rester linéaire et peu distordue.
- Si la charge est capacitive, prévoyez éventuellement une résistance série de sortie ou un réseau d’isolement selon les recommandations du fabricant.
- Privilégiez les simulations AC et transient pour confirmer les hypothèses du calcul manuel.
Ressources académiques et institutionnelles utiles
Pour approfondir le sujet, voici quelques sources externes sérieuses et utiles pour replacer le calcul de bande passante d’un AOP dans un cadre plus large de conception analogique :
- MIT OpenCourseWare : ressources universitaires sur l’électronique analogique, les amplificateurs et l’analyse fréquentielle.
- UC Berkeley EECS : enseignements et documentation académique en électronique et systèmes analogiques.
- NIST : référence institutionnelle pour les notions de mesure, d’étalonnage et de bonnes pratiques scientifiques.
En résumé
Le calcul de la bande passante d’un AOP commence presque toujours par la relation entre produit gain-bande et bruit gain. Pour un montage non-inverseur, la bande passante petit signal se rapproche de GBW divisé par le gain fermé. Pour un montage inverseur, il faut penser au bruit gain égal à 1 + |Av|. Ensuite, il faut valider la bande passante en grand signal grâce au slew rate, car un AOP peut respecter la théorie en faible amplitude tout en se montrant insuffisant dès qu’il faut reproduire plusieurs volts à fréquence élevée. Enfin, les résultats doivent toujours être confrontés aux conditions réelles : charge, stabilité, architecture du filtre, dynamique, température et dispersion du composant.
En pratique, ce calculateur vous donne une estimation robuste et immédiate. Il est particulièrement utile pour le dimensionnement initial, la comparaison de plusieurs AOP et la vérification d’un choix de gain avant simulation. Si vous travaillez en audio, instrumentation, acquisition de capteurs ou filtrage actif, cette vérification rapide vous évitera de nombreuses surprises au laboratoire.