Calcul de l’espérance d’une loi géométrique tronquée
Calculez instantanément l’espérance d’une loi géométrique tronquée, visualisez la distribution normalisée sur un support fini et comparez l’espérance tronquée à l’espérance théorique non tronquée. Cet outil est conçu pour l’enseignement, l’analyse de fiabilité, le contrôle qualité, les tests séquentiels et la modélisation probabiliste.
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Entrez la probabilité de succès, la borne de troncature et la convention de support. Le calcul se fait pour la variable conditionnée à rester dans l’intervalle observable.
P(X = k | X ≤ n) = p(1-p)^(k-1) / (1 – (1-p)^n)
et l’espérance tronquée vaut
E[X | X ≤ n] = Σ k·P(X = k | X ≤ n), pour k = 1, …, n.
Visualisation de la loi tronquée
Le graphique représente les probabilités renormalisées sur le support tronqué. Cela montre clairement comment la troncature déplace la masse et réduit l’espérance par rapport à la loi non tronquée.
Guide expert : comprendre le calcul de l’espérance d’une loi géométrique tronquée
Le calcul de l’espérance d’une loi géométrique tronquée est un sujet important en statistique appliquée, en fiabilité, en data science, en recherche opérationnelle et en économétrie. La loi géométrique classique décrit le nombre d’essais nécessaires jusqu’au premier succès dans une suite d’expériences de Bernoulli indépendantes de probabilité de succès constante p. En pratique, cependant, on n’observe pas toujours le processus jusqu’à son terme naturel. Des contraintes de budget, de temps, de capteur, de protocole expérimental ou de fenêtre d’observation imposent souvent une borne maximale. On travaille alors avec une loi géométrique tronquée.
Intuitivement, tronquer une loi signifie que l’on coupe une partie du support. Dans le cas d’une troncature supérieure, on ne retient que les réalisations vérifiant X ≤ n. Ce n’est pas seulement une suppression brute de valeurs. Pour obtenir une vraie distribution de probabilité, il faut ensuite renormaliser la masse restante. C’est cette renormalisation qui modifie l’espérance, la variance et l’interprétation pratique des résultats.
1. Rappel sur la loi géométrique standard
La loi géométrique possède deux conventions très fréquentes :
- Convention 1 à l’infini : X = 1, 2, 3, …, où X représente le rang du premier succès. Sa loi est P(X=k)=p(1-p)^(k-1) et son espérance vaut 1/p.
- Convention 0 à l’infini : Y = 0, 1, 2, …, où Y représente le nombre d’échecs avant le premier succès. Sa loi est P(Y=k)=p(1-p)^k et son espérance vaut (1-p)/p.
Les deux formulations sont équivalentes, avec la relation X = Y + 1. Lorsqu’on parle de calcul de l’espérance d’une loi géométrique tronquée, il est essentiel de vérifier la convention utilisée. Une erreur de convention décale immédiatement le résultat d’une unité.
2. Définition précise de la loi géométrique tronquée
Supposons que l’on utilise la convention X = 1, 2, 3, …. Si l’on tronque la loi au niveau n, on considère la variable conditionnelle X | X ≤ n. Sa fonction de probabilité devient :
Pour k = 1, 2, …, n
P(X = k | X ≤ n) = p(1-p)^(k-1) / (1 – (1-p)^n)
Le dénominateur 1 – (1-p)^n n’est autre que la probabilité que le premier succès survienne au plus tard au n-ième essai. C’est le facteur de normalisation qui permet à la somme des probabilités tronquées d’être égale à 1.
3. Formule de l’espérance tronquée
L’espérance de la loi tronquée se calcule à partir de la définition :
E[X | X ≤ n] = Σ(k=1 à n) k · p(1-p)^(k-1) / (1 – (1-p)^n)
On peut l’évaluer numériquement très facilement, ce qui est la méthode la plus robuste dans un calculateur web. On peut aussi utiliser une forme fermée issue des séries géométriques dérivées. En posant q = 1-p, on obtient :
Σ(k=1 à n) k q^(k-1) = (1 – (n+1)q^n + nq^(n+1)) / (1-q)^2
Comme 1-q = p, on en déduit :
E[X | X ≤ n] = [1 – (n+1)q^n + nq^(n+1)] / [p(1-q^n)]
Cette expression montre bien le comportement de la troncature. Lorsque n devient très grand, q^n tend vers 0 et l’espérance tronquée converge vers 1/p, c’est-à-dire l’espérance de la loi géométrique non tronquée.
4. Pourquoi la troncature change autant l’espérance
La loi géométrique a une queue décroissante mais potentiellement longue, surtout quand p est faible. Par exemple, avec p = 0,10, l’espérance standard vaut 10 essais. Si vous ne retenez que les observations inférieures ou égales à 5, vous retirez une part importante de la queue de distribution. Le résultat est une espérance conditionnelle beaucoup plus basse. En d’autres termes, la troncature ne fait pas qu’écarter des valeurs rares ; elle transforme profondément l’objet statistique étudié.
| Probabilité de succès p | Espérance non tronquée 1/p | Troncature n | P(X ≤ n) | Espérance tronquée E[X | X ≤ n] |
|---|---|---|---|---|
| 0,10 | 10,00 | 5 | 0,4095 | 2,7903 |
| 0,20 | 5,00 | 5 | 0,6723 | 2,5631 |
| 0,30 | 3,3333 | 5 | 0,8319 | 2,3196 |
| 0,50 | 2,00 | 5 | 0,9688 | 1,8387 |
Ces chiffres illustrent un point essentiel : plus la probabilité de succès est petite, plus la queue de la loi est lourde au sens opérationnel, et plus la troncature supérieure réduit fortement l’espérance observée.
5. Étapes pratiques du calcul
- Choisir la convention de support : rang du premier succès ou nombre d’échecs avant succès.
- Fixer la probabilité de succès p.
- Définir la borne de troncature n.
- Calculer les probabilités brutes de la loi géométrique sur le support tronqué.
- Calculer la masse totale conservée, soit P(X ≤ n).
- Renormaliser chaque probabilité.
- Former la somme pondérée pour obtenir l’espérance tronquée.
Cette démarche est exactement celle utilisée dans le calculateur ci-dessus. Elle présente l’avantage d’être transparente, stable numériquement et facile à vérifier avec un tableur ou un environnement scientifique.
6. Différence entre troncature et censure
On confond souvent troncature et censure. En troncature, certaines observations sont absentes de l’échantillon ou exclues de la distribution étudiée. En censure, on sait qu’une observation dépasse une borne, mais pas sa valeur exacte. Cette distinction est fondamentale. Le calcul de l’espérance d’une loi géométrique tronquée concerne une distribution conditionnelle réellement renormalisée. En présence de censure, l’inférence et l’espérance conditionnelle se traitent autrement.
7. Applications concrètes
- Contrôle qualité : nombre d’unités testées jusqu’à la première non-conformité, avec un maximum d’unités inspectables par lot.
- Marketing digital : nombre d’affichages avant la première conversion, limité par une fenêtre de campagne.
- Maintenance : nombre de cycles jusqu’au premier incident, observé seulement pendant une période d’essai finie.
- Bio-statistique : nombre de tentatives ou de contacts jusqu’à un événement, dans un protocole limité.
- Systèmes informatiques : nombre de paquets ou requêtes avant un succès de transmission, avec timeout maximal.
8. Exemples chiffrés utiles
Prenons une probabilité de succès p = 0,25. Sans troncature, l’espérance vaut 1/p = 4. Si l’on tronque à n = 8, la masse conservée est 1 – 0,75^8 ≈ 0,8999. L’espérance tronquée devient environ 3,2212. Le simple fait d’exclure les durées au-delà de 8 retire donc une partie non négligeable de la queue et diminue la moyenne attendue observée.
Autre cas : avec p = 0,60 et n = 4, la loi est déjà très concentrée près de 1. L’écart entre l’espérance standard 1,6667 et l’espérance tronquée est alors beaucoup plus faible. Cela montre qu’une troncature donnée n’a pas le même impact selon la valeur de p.
| Scénario | p | n | Espérance standard | Espérance tronquée | Perte relative |
|---|---|---|---|---|---|
| Queue longue | 0,10 | 8 | 10,0000 | 4,2674 | 57,33 % |
| Cas intermédiaire | 0,25 | 8 | 4,0000 | 3,2212 | 19,47 % |
| Succès fréquent | 0,60 | 4 | 1,6667 | 1,5538 | 6,77 % |
| Succès très fréquent | 0,80 | 4 | 1,2500 | 1,2416 | 0,67 % |
9. Comment interpréter correctement le résultat
L’espérance d’une loi géométrique tronquée n’est pas le temps moyen jusqu’au premier succès dans l’absolu. C’est le temps moyen conditionnellement au fait que le succès soit observé avant ou à la borne n. Cette nuance est indispensable. Si votre système impose un horizon maximum, l’espérance tronquée décrit bien ce que vous attendez dans les données effectivement retenues. En revanche, si vous voulez mesurer la durée intrinsèque du processus sans limite d’observation, il faut utiliser la loi non tronquée.
10. Bonnes pratiques méthodologiques
- Documenter explicitement la convention de support choisie.
- Indiquer si la loi est tronquée, censurée ou simplement bornée dans l’affichage.
- Comparer systématiquement l’espérance tronquée à l’espérance standard.
- Rapporter aussi la probabilité de masse conservée P(X ≤ n).
- Visualiser la distribution, car la troncature modifie souvent la lecture intuitive du phénomène.
11. Références de qualité pour aller plus loin
Pour approfondir la théorie des distributions discrètes et des méthodes de calcul, vous pouvez consulter des sources pédagogiques et institutionnelles fiables :
- NIST Engineering Statistics Handbook – référence gouvernementale sur les méthodes statistiques appliquées.
- University of California, Berkeley – Department of Statistics – supports universitaires en probabilité et inférence.
- Carnegie Mellon University – Statistics and Data Science – ressources académiques sur les distributions et la modélisation.
12. En résumé
Le calcul de l’espérance d’une loi géométrique tronquée repose sur une idée simple mais fondamentale : on restreint le support, puis on renormalise la distribution. Cette opération modifie la moyenne, parfois de manière très marquée lorsque la probabilité de succès est faible ou lorsque la borne de troncature est serrée. Le bon réflexe consiste à annoncer le type de support, la borne de troncature, la masse conservée et l’écart avec l’espérance standard. Le calculateur de cette page vous permet de faire exactement cela, avec une visualisation immédiate de la distribution tronquée et des résultats prêts à interpréter.